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15 novembre 2013 5 15 /11 /novembre /2013 03:27

Lors de sa tournée de festivals, Denis Bajram a participé à deux tables rondes, dont le titre était presque pareil. Quai des Bulles l'annonçait comme Le Guerrier Universel, alors que les Utopiales titrait : le Combattant Universel. deux visions différentes, même si le fond reste le même.

bajram-picaud.jpgAnimée par Manuel Picaud (rédacteur en chef du site Auracan.com, journaliste de bande dessinée travaillant notamment pour DBD et Zoo), la table ronde de Saint-Malo commença avec la création de cet univers, comment Denis Bajram est devenu un auteur de science-fiction. C'est tout le parcours initiatique d'un enfant, qui découvre la science-fiction par les livres de la bibliothèque municipale, puisque le cinéma est trop cher (ils sont six enfants) et la télévision est interdite, sauf Cosmos 1999. Du côté de la bande dessinée il lit Tintin (avec de la science-fiction : L'Affaire Tournesol/On A Marché sur La Lune) et Blake et Mortimer. Des albums classiques qu'il abandonnera pour les comics-books. Il reviendra vers la bande dessinée franco-belge dans l'adolescence en découvrant la revue A Suivre et des claques du 9ème art : François Schuiten et Benoît Peeters, Jacques Tardi, Max Cabanes. A ce moment, il se tourne vers un courant de science-fiction plus intellectuel, des livres qui questionnent sur notre société, notre avenir.
Quand il entre chez Delcourt, Denis Bajram veut faire un album seul (il dessine et raconte ses propres histoires depuis son enfance). S'il s'oppose à Guy Delcourt, un contentieux est trouvé. Il travaille sur les deux tomes de Cryozone (avec Thierry Cailleteau comme scénariste) et ensuite,  il pourra avoir un projet avec son histoire (L'Arche). La série Cryozone fonctionne bien, mais Guy Delcourt refuse que Denis Bajram fasse un album en tant qu'auteur complet. Le ton monte au point que Denis part pour trouver un autre éditeur. ce sera Soleil.  L'éditeur Mourad Boudjellal lui fait signer un contrat particulier où tout est à définir par l'auteur (titre, format, etc.), mais il lui demande d'être prêt pour le lancement de Lanfeust Mag, alors que Denis n'a pas de projet. Il a moins de trois mois pour rendre les premières planches. Il liste alors toutes les idées qu'il veut mettre dans son projet, se rend compte qu'il veut toutes les inclure, sans en omettre aucune. Des idées qui rassemblent ses "moi" à différents âges : l'enfant, l'adolescent snob, le fanzineu, le dessinateur et celui qui fait de l'informatique. Ce "chaos" artistique est remis en ordre logique, instinctivement. Au bout de quinze jours d'intenses cogitations, il obtient trois fois six tomes. Tout est ordonné, structuré, sous la forme d'un plan de métro. Ce qui deviendra Universal War 1, Universal War 2, Universal War 3 est né. Si l'ensemble n'est qu'un squelette, on y trouve des scènes importantes, des dialogues. Denis Bajram note tout pour s'en rappeler plus tard.
bajram-francescano.jpg
Revenons sur la modération faite aux Utopiales. Elle est Administrée par Gilles Francescano (Illustrateur, directeur artistique des Utopiales et des Imaginales). A contrario de son homologue malouin, celui-ci va commencer par la bande dessinée. On y apprend que Denis Bajram changeait de style tous les ans, qu'il était influencé par ses lectures et ses passions d'alors. Si un article ne lui plaisait pas dans Okapi, il redessinait l'histoire. Il a appris à dessiner tout seul, mais c'est son professeur de dessin au collège qui lui apprend la perspective. Dans ses dessins d'enfance, on découvre les premières scènes de destruction de New-York (prémices de Universal War One). Toutes ses bandes dessinées étaient construites sous forme de story-board.
Quand il signe chez Soleil et qu'il met à plat ses envies, Denis Bajram va les classer par amélioration de la qualité mais aussi de la complexité. (ce qu'il y a apres inclut ce qu'il y a au début donc on peut aller plus loin). Il donne des clés dans Universal War One, clés qu'il exploite dans Universal War Two.

Pour les deux modérateurs, Universal War One est un univers de destruction. Denis Bajram explique qu'il montrait le regard sur la société, la mondialisation, le libéralisme sauvage. Universal War One parle de ce problème, à l'échelle solaire.
Il va plus loin aux Utopiales. Sa raison principale pour créer UW1 c'est qu'on est en guerre et on ne le sait pas. La guerre s'est déplacée sur le terrain du travail, de la culture, mais on n'en parle jamais car les morts sont invisibles. Son sentiment en 1997 était que ça pouvait engendrer une catastrophe. L'autre explication pour cet univers, c'est le goût de la catastrophe : "Le plaisir brut d'un illustrateur de se dire : Je vais couper la terre en 2". En 2001, lors des évènements du onze septembre, il voit qu'il a, en quelque sorte, prédit les attentats. Horrifié, il a arrêté de dessiner pendant deux ans, se posant des questions sur son travail d'auteur.
Le fait d'aborder Photoshop et le numérique lui a permis de retrouver une partie de son adolescence, celle qui apprend.

Imaginé à 27 ans, le projet Universal War est toujours dans le coeur de Denis Bajram. Seulement, dessiner pendant 6 ans, 14 heures par jour, des vaisseaux, des planètes, ça devient lassant. Il fera donc des pauses. C'est ce qui s'est passé pour Universal War One. Deux projets sont nés de cette pause. Pour l'anecdote, alors que Manuel Picaud demande à Denis Bajram d'expliquer Trois Christs, Gilles Francescano aborde Abymes.
Trois Christs est un projet né de la lecture du Da Vinci Code. Le couple Bajram/Mangin rencontrait des personnes qui y croyaient. Certes, dans le livre de Dan Brown "tout est vrai sauf le sens général" dixit Denis Bajram. Le couple décide de faire pareil en bande dessinée. Ils prennent les mêmes cases, les mêmes dialogues et ils font trois histoires différentes sur l'apparition du Saint-Suaire. Une première version est celle de la religion, la deuxième est historique, tandis que la troisième est la version "Da Vinci Code" (météorite, templiers, etc). Denis Bajram dessine de façon impressionniste et redécouvre  arbres, chevaux...
Pour Abymes (scénario de Valérie Mangin, dont il dessine le troisième tome), c'est une trilogie sur le procédé de la mise en abîme. Ici une bd dans la bd. Le récit se conclue comme s'il était une explication à l'écriture d'Universal War.

Pas de Denis Bajram sans science-fiction. S'il est question de littérature avec Manuel Picaud (ses lectures de jeunesse), Gille Francescano abordera les théories scientifiques de l'auteur. Celui-ci expliquera le wormhole. C'est un trou dans l'espace-temps. Celui de Denis Bajram est orienté. Il aspire la structure de l'espace-temps. Il croise des astro-physiciens qui disent que c'est intéressant comme objet mais ça n'existe pas. Il attend qu'un étudiant en astrophysique fasse un modèle numérique pour savoir l'impact qu'aurait le wormhole sur l'espace-temps. A côté de ce travail scientifique, il y a le côté visuel du récit, donc il y a des approximations scientifiques.

Denis Bajram confiera aux spectateurs nantais son questionnement d'auteur et le statut qu'il a en France. La création, c'est un complexe de la réalité. Pour lui, l'orgueil est fondamental dans son travail. Il est le dieu de son univers. S'il s'enferme pendant 14 heures par jour, il est loin d'être malheureux, car il maîtrise son univers. Alors que dans la réalité, chaque action demande de se confronter avec les autres.
S'il ne fait plus de dédicaces, c'est à cause du mauvais comportement de certaines personnes (faire la queue pendant des heures, la revente des dédicaces, etc). Depuis qu'il a arrêté, il rencontre les lecteurs. Tout le travail fait en amont doit aboutir à l'album. Seul cet album compte. Avec le livre et les rencontres, il se rend compte de la compréhension des lecteurs. Il n'avance plus en aveugle.
S'ils ont crée Quadrant, c'est que la bande dessinée qu'ils font parle à tout le monde. C'est de l'art pop mais,  ils sont aussi comme des artistes d'avant-garde en rejetant le principe commercial. Ils voulaient faire de la bande dessinée grand public d'auteurs. Selon Denis Bajram, en France, on est soit, une vedette TF1 soit, un artiste maudit. En bande dessinée c'est pareil : soit on fait de la nouvelle BD, soit de l'heroic-fantasy avec des grosses haches. Aujourd'hui, son rapport avec l'édition est totalement faussé. L'auteur sait qu'avec de tels propos, il n'a pas que des amis dans la profession. Vu ses ventes (la série Universal War marche toujours aussi bien), ses rapports avec l'édition sont totalement faussés.

 

Deux tables rondes très différentes mais qui, au final, se croisent, pour donner une image approfondie de Denis Bajram. Manuel Picaud aborde le côté biographique, tandis que Gilles Francescano attaque l'angle artistique/technique. Denis Bajram a répondu avec franchise et humour. Deux excellents moments de cet automne

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Published by Hervé - dans Bande dessinée
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